Avant Propos
Ces recommandations
tenant compte des données scientifiques
actuelles sont
l’avis de la C.M.P.N.sur la conduite à tenir en
cas de découverte d’un Foramen
Ovale Perméable (F.O.P.) et plus généralement
d’un shunt droit-gauche (D-G) chez un
pratiquant de la plongée subaquatique
avec scaphandre (1).
Elles ont pour objet de proposer une
ligne de conduite pour les médecins
confrontés à ce problème.
En aucune façon, elles n’excluent
la possibilité d’autres études
scientifiques.
Quelle méthode
de diagnostic appliquer ?
Choix de la
technique
Le diagnostic
initial de présence
d’un
shunt D-G cardiaque ou extra cardiaque sera effectué au
moyen d’un écho-doppler transcrânien
(EDTC) ou d’un écho-doppler carotidien
(EDC); des précisions diagnostiques peuvent être
obtenues par la réalisation d’une échocardiographie
transœsophagienne (ETO) ou une échocardiographie
transthoracique (ETT) avec imagerie de 2ème
harmonique.
L’EDTC
et l’EDC ont une
très
bonne sensibilité dans la mise en évidence
de la présence d’un shunt D-G.
Leurs performances sont équivalentes
et le choix de la technique dépend essentiellement
de l’opérateur et de la disponibilité du
matériel.
L’ETO
reste la méthode
de référence
pour le diagnostic du F.O.P. Elle présente
un potentiel iatrogène minime mais réel.
L’ETT,
avec imagerie de 2ème harmonique,
est aussi performante que l’ETO, mais
permet des manœuvres de provocation par
expiration contre pression (abusivement appelées
Valsalva) plus prononcée et est donc
plus sensible que l’ETO dans le dépistage
du FOP.
Choix du produit
de contraste
3 types de
produits sont couramment utilisés :
Le
galactose (ou ses dérivés) :
par exemple Echovist© ou Levovist© : ils
sont performants mais onéreux mais
ont pour inconvénient d’adhérer
aux tubulures de la perfusion. Possibilités
de sensations vertigineuses et de sensations
douloureuses sur le trajet veineux.
Les
gélatines
fluides modifiées :
par exemple Plasmion© ou Gelofusine© :
elles sont plus performantes que le soluté salé à 0,9 %
avec cependant la possibilité de réactions
allergiques.
Les
cristalloïdes :
soluté salé isotonique à 0.9 % : à préconiser
en cas d’antécédent allergique
connu.
Le contraste
est constitué par
de l’air à 5
ou 10 % ; l’émulsion
est réalisée par agitation (10
va-et-vient au minimum) et le produit final
ne doit pas comporter de bulles macroscopiques.
Position
du patient
Le patient
est le plus souvent en décubitus
dorsal, ce qui est plus facile pour l’examinateur,
permettant une meilleure précision dans
le positionnement de la sonde d’échographie.
Certains examinateurs préfèrent
la position assise mais il semble qu’elle
soit moins performante.
Une perfusion
de soluté salé à 0,9 %
est effectuée au moyen d’un cathéter
court à aiguille interne d’un
calibre d’au moins 18 G placé dans
une veine proximale du membre supérieur
(basilique ou céphalique) afin de permettre
une injection très rapide du soluté de
contraste. Le site d’injection doit être
le plus près possible du cathéter.
Réalisation
de l’examen
Une première mesure sera effectuée
sans manœuvre de provocation (en respiration
spontanée normale).
Une deuxième
mesure sera effectuée
avec une manœuvre de provocation, même
en cas de positivité de la première
mesure (2).
Le patient effectue une expiration forcée
contre une pression d’environ 45 hPa
(45 cm H2O) pendant 10 secondes. L’injection
du produit de contraste est effectuée
très rapidement à la 5ème
seconde de l’expiration forcée
qui est encore maintenue pendant 5 secondes
et est suivie d’une respiration normale.
En cas de doute sur la perfection de la mesure,
celle ci sera recommencée éventuellement
avec changement de position du patient (position
assise en cas de décubitus dorsal initial).
Quantification
du résultat
Cette quantification
sera réalisée au repos et après
provocation.
Le comptage sera réalisé sur 20 secondes et le seuil significatif
est de 5 hits en 20 secondes. Le résultat exprimé sera :
Shunt au repos
- Négatif
- Quelques hits
- Flux massif de hits
(« tempête
de neige »)
Shunt après
provocation (pression mentionnée)
- Négatif
- Quelques hits
- Flux massif de hits
(« tempête
de neige »)
En cas de
shunt avec flux massif observé à l’EDTC
ou l’EC, une imagerie cardiaque complémentaire
est conseillée pour la localisation
et la quantification précise du shunt.
Quel
est l’opérateur ?
Cet examen
est réalisé par tous
les opérateurs rompus à la technique
et avertis de ce protocole.
Quand et qui
explorer ?
En cas de
survenue d’accident
de décompression
Qui explorer ?
Les
accidents de décompression
neurologiques :
- cérébraux
- cochléo-vestibulaires
- mixtes cérébro-médullaires
- de diagnostic topographique
incertain mais présentant ou ayant présenté une
symptomatologie objective.
Quand explorer ?
Le
plus précocement
possible, au décours de la prise en
charge, dès que la situation clinique
est stabilisée, en fonction de la disponibilité du
plateau technique.
En prévention
d’accident
de décompression
Dans l’état
actuel des connaissances, il n’est pas
justifié de pratiquer
cette recherche de shunt D-G sur l’ensemble
de la population des plongeurs.
La réalisation
de cet examen à la
demande insistante de l’intéressé est
possible. Il s’agit alors d’un
acte de médecine préventive actuellement
non pris en charge par l’assurance maladie.
Le patient doit être informé des
risques de l’examen et de ses conséquences.
Présence de shunt D-G : conséquences
pour le plongeur
En cas d’accident de décompression
Accident
neurologique cérébral |
L’appréciation
de la nécessité d’une
contre indication est laissée à un
médecin spécialisé |
Accidents
cochléo-vestibulaires |
L’appréciation
de la nécessité d’une
contre indication est laissée à un
médecin spécialisé |
Accident
neurologique mixte cérébro-médullaire |
L’appréciation
de la nécessité d’une
contre indication est laissée à un
médecin |
Accident
de diagnostic topographique incertain
mais présentant une symptomatologie
objective |
En
raison de l’absence de données
suffisantes, des études complémentaires
sont nécessaires ; dans l’attente
des résultats de ces études,
l’appréciation de la nécessité d’une
contre indication est laissée à un
médecin spécialisé (annexe
1 du règlement intérieur
de la C.M.P.N.) |
Shunt découvert de façon fortuite
et/ou en dehors des 4 cas cités ci dessus
Pour éviter
tout risque, la seule solution est la cessation
de la pratique de la plongée
subaquatique avec scaphandre.
Si la motivation
du plongeur est inébranlable,
on lui recommande avec documentation écrite
(3) de :
— Réduire la production de bulles
circulantes :
- ne
pas réaliser de plongées nécessitant
des paliers ; plonger uniquement dans
la courbe de sécurité
- ne pas
réaliser de plongées
successives
- ne pas plonger au
delà de
30 mètres
- éviter les efforts
en plongée
- éviter les efforts
musculaires pendant les 3 heures suivant
l’émersion
- ne pas réaliser
de plongées
ludion
- réaliser une remontée
lente (proche de 10 m/minute)
- privilégier
la plongée au nitrox
— Ne pas modifier
la pression intra thoracique
- ne pas réaliser
de Valsalva intempestif ou forcé
- ne pas pratiquer
d’apnées après
une plongée scaphandre au cours de
la même journée
- éviter
les efforts en isométrie à glotte
fermée
(remontée du mouillage, portages intempestifs,
remontée à bord
avec le bloc sur le dos, efforts de toux…)
- éviter
la plongée en cas de mal de mer avec
vomissements.
— Contrôler
les facteurs de risque
- ne pas plonger fatigué,
stressé…
- avoir une bonne condition
physique
- avoir un entraînement progressif
et régulier
- se méfier de la
surcharge pondérale, être
encore plus vigilant au delà de 40
ans.
Fermeture
du F.O.P.
Indication de fermeture
La CMPN
précise
que l’avis de
la Haute Autorité de Santé (HAS)
sur l’intérêt de la fermeture
d’un FOP découvert lors du bilan étiologique
d’un accident de décompression
neurologique cérébral, mixte
cérébro-médullaire, ou
labyrinthique, est que cette fermeture n’ayant
pas fait la preuve de son efficacité dans
la prévention secondaire de ces accidents, le
service attendu de cet acte n’est pas
encore déterminé.
En conséquence,
l’avis de l’HAS
sur l’inscription de cet acte à la
liste des actes prévus à l’article
L.162-1-7 du code de la Sécurité Sociale
est défavorable. (L’article L.162-1-7
prévoit que le remboursement d’un
acte par l’assurance maladie est subordonné à son
inscription sur une liste elle même subordonnée
au respect d’indications thérapeutiques
ou diagnostiques).
Téléchargement
de l'annexe 3.2.1e1 au format pdf
(1) Ce groupe de travail était
constitué par les Docteurs Éric
BERGMANN, Bruno GRANDJEAN, Bruno LEMMENS
et Michel LYŒN, médecins fédéraux,
et avait invité comme experts les
Docteur Jean Éric BLATTEAU (I.MN.S.S.A)
et Vincent LAFAY (C.H.U. Marseille)
(2) Il
a en effet été noté une
diminution, voire une disparition paradoxale
du shunt lors des manœuvres de provocation.
(3) Texte
en annexe 3-2-1e2 de ce document
Annexe 3-2-1e2 : Lettre
d’information
aux plongeurs présentant un Shunt droite
gauche
Madame, Mademoiselle, Monsieur,
Une échographie
a été réalisée,
soit à la suite d’un accident
de plongée pouvant être imputable à la
présence d’un shunt, soit dans
le cadre d’un bilan sans rapport avec
la pratique de la plongée subaquatique
avec scaphandre. Elle a mis en évidence
chez vous l’existence d’un shunt
droit-gauche (Foramen Ovale Perméable
ou shunt droit-gauche extra cardiaque).
Selon
l’état actuel de nos connaissances,
la présence de ce shunt majore significativement
le risque d’accident de désaturation
cérébral ou cochléo-vestibulaire
par rapport à la population générale.
En conséquence,
la seule solution radicale pour éviter
tout risque est l’arrêt
de la pratique de la plongée subaquatique
avec scaphandre.
Si votre choix
est autre il
faut vous
mettre dans des conditions qui limitent la
majoration du risque d’accident, c’est à dire :
— Réduire
la production de bulles circulantes :
- plonger
exclusivement dans la courbe de sécurité (aucune
plongée avec palier imposé
- pas
de plongée successive
- profondeur maximale
autorisée 30 mètres
- limiter
les efforts en plongée
- éviter
les efforts musculaires pendant les 3 heures
suivant l’émersion
- ne pas réaliser
de plongées
yo-yo
- réaliser une remontée
lente (inférieure à 10 m/minute)
- privilégier
la plongée au nitrox
— limiter
les variations brutales de la
pression intra thoracique :
- éviter impérativement les
manœuvres de Valsalva brutales ;
privilégier en permanence les manœuvres
d’équipression
dites passives (rappel : ne jamais faire
de manœuvre de Valsalva
lors de la remontée)
- ne pas pratiquer
d’apnées dans
un délai de 12 heures après
une plongée scaphandre
- éviter
les efforts en respiration bloquée
(remontée du
mouillage, portages intempestifs, remontée à bord
avec le bloc sur le dos, efforts de toux…)
- éviter
la plongée en cas de mal de mer avec
risque de vomissement
— limiter
les facteurs de risque, et en particulier :
- ne
pas plonger fatigué, stressé…
- entretenir
une bonne condition physique
- avoir un entraînement
progressif et régulier
- se méfier
de la surcharge pondérale
- au delà de
40 ans les risques sont majorés
|